Déclaration de Gérard Onesta en séance plénière du Conseil Régional d’Occitanie, le 3 novembre 2017, sur la situation en Catalogne

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À travers la crise que traverse nos voisins et amis catalans nous sommes en train de vivre des événements d’une nature et d’une portée inédites. Non pas quant à la question posée : l’envie d’indépendance est depuis toujours inhérente aux sociétés humaines. Non pas pas à cause du moyen choisi : le référendum stigmatisé comme « régional, unilatéral, illégal » a été utilisé ces deux dernières décennies par une dizaine de territoires en Europe, territoires que le droit international a toujours fini par reconnaître depuis comme des états indépendants. De nombreux états membres de l’Union Européenne sont d’ailleurs issus de tels référendums.
Non, ce qui est inédit, c’est la démarche non ethnique, ouverte au monde, et annoncée comme solidaire en termes de budget vis-à-vis des autres territoires européens. Mais ce qui est surtout inédit, c’est le concept nouveau que porte la Catalogne : « l’indépendance dans l’interdépendance », et le tout dans une non violence qui, depuis huit ans, force le respect de tous les observateurs.
Ainsi la Catalogne bouge, mais la France regarde ailleurs. La Catalogne bouge, mais l’Europe regarde ailleurs. Mais si une région ne peut pas – ne doit pas – regarder ailleurs, c’est bien notre Occitanie !
D’abord parce qu’en nous – dans les Pyrénées dites orientales – la Catalogne « pousse un peu sa corne ». Je vous concède que cette formule chère à Claude Nougaro n’est pas forcément adéquate quand on sait que les Catalans avaient décidé de renoncer aux corridas avant que la Constitution espagnole – vous savez, ce document  négocié par les franquistes entre 1976 et 1978, qui est en passe de venir le texte le plus saint de la bibliothèque européenne – dise qu’il était inconstitutionnel de vouloir arrêter cette barbarie…
Mais au-delà de notre propre et fier territoire de Catalogne nord, n’oublions pas tous les fonds européens que nous avons en co-gestion avec la Catalogne sud, ni l’ambitieux Groupement Européen de Coopération Territoriale qui nous lie à elle. C’est en ce moment la Catalogne qui préside ce GECT, or depuis hier tous nos référents catalans ont été congédiés et leur Ministre de tutelle – Raül Romeva – a été incarcéré. Dès lors, tous nos projets communs – économiques, universitaires, culturels, environnementaux – sont désormais dans le néant. Même les salaires des agents du GECT ne peuvent plus être payés !
Nous sommes en Europe, cet espace qui se veut un oasis de démocratie dans un monde violent, oasis qui se dessèche pourtant un peu plus chaque jour entre austérité libérale et abandon cynique des migrants. Et bien c’est dans cette Europe qu’un Parlement élu – notre assemblée sœur, le Parlement de Catalogne – voit la plupart de ses membres menacés d’arrestation immédiate. Comment cela est-il possible dans l’Europe de 2017 ? Il y a forcément – forcément ! – d’autres voies à inventer, entre indépendance et interdépendance, entre autonomie et association.
Mais pour ouvrir ces voies nouvelles, il faut réunir tout le peuple catalan, le même jour autour de la même urne, afin d’en finir avec ce poker menteur de la « majorité silencieuse » dont tout le monde se réclame.
On nous annonce ce grand rendez-vous démocratique pour le 21 décembre prochain. Parfait. Fort bien.
Mais que vaut une démocratie qui frappe, avec une brutalité effarante, des personnes âgées sans défense ? J’étais sur place lors du référendum du 1er octobre, je peux en témoigner.
Mais que vaut une démocratie dont le parti au pouvoir convoque des élections et, aussitôt, emprisonne tous ses opposants ?
Mais que vaudra le résultat du 21 décembre si un des deux camps – celui de la République – accepte par avance le verdict des urnes tandis que l’autre – celui de l’Espagne de Felipe VI de Bourbon – indique déjà qu’il n’acceptera ce verdict que s’il est conforme à ses souhaits ?
Dans ce contexte, par notre proximité géographique, au regard de notre Histoire partagée, et surtout sur la base de nos valeurs, l’Occitanie doit faire savoir sa disponibilité pour toute médiation – directe ou indirecte, car on sait que les chemins de la diplomatie sont parfois discrets – pour contribuer à apaiser ce conflit qui, s’il dure, ne restera pas sans impact sur nos concitoyens ni sur les valeurs fondatrices de l’Europe…
Que seront les événements dans les jours et semaines qui viennent ? En toute modestie, je n’en sais rien. Mais j’ai cependant une certitude : la différence entre Monsieur Rajoy et la Catalogne… c’est que la Catalogne est là pour longtemps.

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