Le climat s’invite dans cette rentrée

La partition était écrite. La rentrée, c’est la loi travail, avec d’un côté les ordonnances et de l’autre les manifs. C’est au fond la conséquence immédiate des dernières élections avec les nouveaux pôles qui se sont mis en place : il ne peut rester que l’affrontement. Entre une hégémonie libérale, qui cherche tous les vocabulaires possibles pour dissimuler son orientation profonde, une opposition de gauche qui installe l’outrance et le conflit permanent comme préalable à la discussion, et la xénophobie du FN, il ne reste plus de place pour penser la société de demain de façon concertée.

Après avoir défendu avec conviction d’autres approches que celles-ci, les écologistes, qui apparemment n’ont pas perdu en estime sur le fond mais ont été clairement boudés dans les urnes, auront la tentation de laisser faire ceux que les urnes ont porté en avant. Après tout les électeurs ont choisi, un rôle d’observateur honnête, bienveillant et disponible peut être utile.

Pourtant depuis une semaine, le thème central a changé. Le climat se rappelle à nous, douloureusement pour les personnes touchées, sans grande surprise pour celles et ceux qui s’intéressent à la question depuis longtemps. Les grands médias invitent à tour de bras des scientifiques pour savoir : « est-ce que le réchauffement climatique est responsable de ces ouragans sans commune mesure ? ». Après les précautions d’usage, sur la difficulté de corréler un événement local avec un mouvement général de grande ampleur (ce sont des scientifiques…) la réponse est : oui. Et peu d’écologistes sur les plateaux. Nous avons sous les yeux les conséquences du dérèglement climatique, sur des grandes métropoles comme au Texas, sur des iles comme à Saint Martin, mais personne pour faire le lien entre ces événements et nos choix politiques, passés, présents et à venir. Ces écologistes, qui ont été ministres, députés, n’ont plus d’espace de parole, ni d’action, alors que depuis des années leur engagement politique est guidé par cette question du réchauffement climatique. Il y a de quoi en tirer un certain désarroi.

Nicolas Hulot est bien gentil, et ce n’est pas à lui que l’on va expliquer la situation climatique actuelle, mais sa sortie sur la fin des hydrocarbures en France, pour 2040 … On aimerait qu’il nous parle d’aujourd’hui, qu’il s’exprime sur les mesures que l’on devrait prendre maintenant. Aux journalistes qui s’inquiètent de la possibilité d’un ouragan en métropole, il pourrait parler du risque à penser pour la filière nucléaire et rappeler qu’en 1999 lors de la tempête, il s’en était fallu de peu que la centrale nucléaire du Blayais ne subisse un incident gravissime, type Fukushima (1). Comment se positionne-t-il face aux propos alarmistes de Jean Jouzel, membre du GIEC, qui nous donne 3 ans pour agir et contenir l’élévation de température dans des valeurs vivables ? (2)

L’opposition qui s’annonce sur la réforme du code du travail sera semble-t-il bien en-deçà des enjeux. A vouloir lier, comme le font les écologistes, changement climatique, mutation du rapport au travail, dialogue au sein de la société pour faire face aux mutations profondes et rapides qui sont devant nous, Benoit Hamon et ses soutiens ont subi une défaite électorale. La question de fond reste pourtant plus que jamais posée : comment allons-nous réussir la transition nécessaire à notre survie ? Dans la rue, par contagion vertueuse, de l’intérieur en infiltrant la République en Marche ? Chacun chacune, du mieux qu’il ou elle peut, agira en conscience, j’espère que cela se fera dans un dialogue le plus large possible, sans trop tarder.

(1) Voir Les dossiers du Canard Enchaîné, Nucléaire, c’est par où la sortie ? N 121 – octobre 2011 – p19.

(2) Article du JDD, http://www.lejdd.fr/societe/rechauf…

DELEFORGE Stéphane

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