Utile à vivre et à rêver

Des injonctions de vote, à géométrie variable. Il faut faire barrage, le meilleur moyen étant le vote utile. Faire barrage au Front National, à partir de là on ne discute plus. Un jour, c’est Macron, qui est le seul à pouvoir tenir le barrage. Aujourd’hui, c’est Mélenchon, le vote utile, c’est lui l’homme providentiel. Et demain ? Ma boule de cristal sondagière ne me le dit pas encore, vite le 20H00, en attendant le 20h30, le 21H00, le 21H30 en boucle de préférence, jusqu’à saturation, jusqu’à la nausée.

Car sur quoi reposent ces mouvements, ces +1% par ci, ces percées incroyables par-là, ces chutes inexorables là ? Pas sur mon avis en tout cas, ni sur celui des gens que je rencontre. Qui a déjà rencontré un sondé d’ailleurs ? Ça a quelle tête un sondé ? Est-ce que c’est douloureux d’être un sondé ? Et où veut-on m’emmener à me bombarder ainsi d’orientation avant même le vote ?

Je me rappelle, c’était il y a une éternité, 5 mois, j’étais installé devant ma télé et je regardais Benoit Hamon dans l’émission politique Des Paroles et des Actes. Je ne m’attendais pas à entendre un discours à ce point écologiste : ouvert, engagé sur la santé, sur l’agriculture, sur le rapport de l’Homme au travail, sur la simplicité du rapport au pouvoir, sur l’intégration fondamentale des politiques à notre environnement, sur le revenu universel, dans l’apaisement d’un discours pourtant engagé. La quasi-intégralité du programme écologiste y était déclinée, sans que j’ai le sentiment d’être pillé mais plutôt celui d’avoir la possibilité d’avancées en commun bien réelles. A celles et ceux qui me disaient Hamon est bien, mais Macron c’est le vote utile contre Le Pen. Je répondais : sondage. Aujourd’hui à celles et ceux qui me disent le programme d’Hamon est bien mais le vote utile c’est Mélenchon, je réponds : sondage. Pour ce qui me concerne, j’ai forgé mon intime conviction tout au long de ces derniers mois. Je n’ai jamais envisagé de voter Macron, qui incarne à mes yeux la même politique libérale que Fillon, mais dans un style « moderne », le Giscard de notre époque. Je n’ai jamais envisagé de voter Mélenchon, dont la violence verbale me semble en opposition avec les ambitions de son programme. Je suis par ailleurs trop insoumis pour être Insoumis, des mots que je trouve trop chargés pour ne pas contenir de contresens, de chausse-trappes. J’ai soutenu Cécile Duflot, puis Yannick Jadot, puis Benoit Hamon, dans une continuité, sur un programme qui me semble être le bon, au bon moment, avec la bonne personne. Je ne suis pas à la recherche d’un leader charismatique. Je refuse toute conception utilitariste du vote, j’y vois les travers de notre époque, où tout doit servir, ou tout doit être rentabilisé, ou les fidélités se font et se défont à la vitesse d’un clic. Mon vote écologiste sera donc aussi utile que l’ours blanc ou qu’une après-midi passée au bac à sable. Vive ma biodiversité !

Dimanche, je voterai en conscience, en respectant les choix que feront tous les autres électeurs, en essayant de les comprendre, tous. Je tâcherai de ne pas faire de leçons, je ne souhaite pas en recevoir. La gauche dans son ensemble va subir du gros temps, nous ferons face, aux côtés de toutes les personnes qui ont d’ores et déjà pris fait et cause pour un futur qui allie socialisme et écologie. Un futur désirable.

Demain, tout commence.

Stéphane DELEFORGE

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