Le loup : sortir de l’impasse

Le loup fait son retour dans le débat public. Pour Europe Écologie Les Verts, le loup est un bouc émissaire et une manière pour le monde de l’élevage d’exprimer sa détresse. Il pose peu de problèmes, dont la solution réside dans la mise en place d’une nouvelle politique agricole volontaire et prenant en compte les réalités économique de ce secteur en crise, et sûrement dans une traque qui ferait de l’homme le prédateur du plus célèbre d’entre eux.

La biodiversité a sa « logique », qui échappe parfois à celle des humains. Chaque espèce animale joue un rôle dans l’équilibre écologique et la biodiversité Dans cette « logique », les grands prédateurs comme le loup ont un rôle prépondérant.

Au sommet de la chaîne alimentaire, le loup participe au maintien des équilibres des écosystèmes. D’une part en régulant les populations d’élevage (bêtes malades, blessées ou affaiblies), ce qui a une rôle sanitaire important : le loup est un épurateur naturel dont le travail permet aussi d’éviter des épidémies dans les troupes de bêtes touchées.

D’autre part, en prévenant les regroupements trop importants d’herbivores sauvages. Ces derniers, s’ils ne sont pas régulés par des prédateurs, provoquent un déséquilibre des systèmes forestiers, en empêchant les jeunes arbres de se développer. C’est ainsi que la Société forestière suisse a demandé, il y a quelques années, à ce que le retour naturel du loup soit toléré.

D’un point de vue économique, le loup est aussi un atout pour le tourisme et certains pays d’Europe de l’Est font du loup un facteur d’attractivité touristique. Aux États-Unis, le tourisme lié à la présence du loup est évalué à 20 millions de dollars dans le Parc national de Yellowstone.

S’il est un élément d’équilibre, il est également une menace pour les activités humaines liées à l’élevage. En France particulièrement, où 40 ans de politiques publiques ont abandonné les paysan‑ne‑s et éleveur‑e‑s, les rares attaques sur les troupeaux sont vécues par les exploitant‑e‑s comme de graves agressions. Si ce sentiment est légitime, il n’en reste pas moins que les conséquences des attaques de loup sont numériquement très faibles.

L’agriculture, et l’élevage en particulier, vont très mal mais le loup ne peut pas servir de bouc émissaire au désarroi naturel des éleveur‑e‑s.

Pour les écologistes, le loup n’est pas un problème. D’abord car, si le loup constitue un ennemi pratique, la réalité est tout autre : les attaques de loups (quelques milliers d’animaux tués) représentent un goutte d’eau pour un cheptel français de neuf millions de têtes (soit moins de 0,1% des effectifs tués par le loup). Surtout, les maladies, les chiens errants, les décrochements ou la foudre tuent bien plus que le loup : environ 400 000 bêtes meurent ainsi chaque année.

Ensuite car il existe des solutions pour prévenir et réduire les attaques sur les troupeaux : clôtures électriques pour regroupement des troupeaux, chiens de protection, présence d’un berger… La priorité de l’État devrait aller dans le sens de l’aide aux exploitant‑e‑s et non dans celle d’une lutte contre un prédateur qui concentre craintes et haines d’une profession qui souffre.

En Savoie, en 2004, 72 % des brebis dont la mort était attribuée au loup étaient issues de troupeaux non protégés, 4 % seulement étaient issues de troupeaux correctement protégés (étude menée par la Direction départementale de l’Agriculture et de la Forêt).

Les causes de la crise de l’élevage sont ailleurs : la concurrence internationale est l’une des principales causes qui met en péril le pastoralisme traditionnel. Une concurrence qui pourrait être aggravée par le traité de libre-échange UE – Canada, le CETA, que le gouvernement s’apprête à faire appliquer en France. De ce fait, et faute de débouchés, le métier est vieillissant : plus de 60 % des éleveur‑e‑s ont plus de 50 ans et seul 15 % ont moins de 40 ans.

Dans les débats qui agitent aujourd’hui la question de la cohabitation avec les prédateurs, les écologistes rappellent qu’être « pour ou contre » le loup n’a aucun sens. Comme tous les autres animaux, le loup a sa place sur cette planète. Nous devons apprendre à cohabiter avec le vivant, faute de quoi nous avons aucune chance d’enrayer l’érosion de la biodiversité sur laquelle reposent pourtant 40 % des échanges économiques mondiaux. La biodiversité est une chance : ne nous trompons pas de combat !

Julien Bayou et Sandra Regol, porte-parole nationaux

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